Rien ne s'oppose à la nuit (D. De Vigan)

Publié le par Mira

Une bonne surprise

 

C'est une demi-surprise parce j'avais déjà entendu beaucoup de bien de ce roman et je l'attendais avec impatience. Seulement, après "No et moi" et "Les heures souterraines", il fallait un roman de cet envergure pour enfin de convaincre des qualités littéraires de Delfine de Vigan. Cette lecture m'a donné envie de poursuivre avec "Jour sans faim", qui est également autobiographique.

 

Un drame familial

 

Je suis d'autant plus surprise que j'ai plusieurs fois constaté qu'il est difficile d'écrire finement à propos de soi et de ses drames familaux. Or, les mots de ce livre m'ont charmée ; or, son ambiance m'a emportée.

 

On se retrouve plongé dans l'enfance de Lucile, fille de Liane et de Georges et mère de Delphine et Marrion. Lucile est l'électron libre réservé, toujours pris par la peur, dans une famille nombreuse et bruyante, bruissante. Fille préférée de son père qu'elle admire, Lucile semble elle-même douter de la nature de ses relations avec lui.

Son enfance est également marquée par des drames au sein de la famille, qui oscillera dès lors entre l'univers joyeux qu'elle a toujours été et le petit monde de tension, du vide laissé par certains.

Sa jeunesse dévoile une jeune fille peu intéressée par l'école, qui aimante hommes et garçons avec qui elle ne semble pas vouloir nouer des relations profondes. Elle reste un mystère vivant.

C'est à l'âge adulte, une fois qu'elle sera mère, que Lucile développe son "tempérament" bipolaire, qui semble déjà en germe tout au long de ses jeunes années. La maladie s'installe progressivement pour culminer à certains moments de l'enfance de Delphine.

 

 

 

 

 

 

 

 

Rien ne s'oppose à la nuit (D. De Vigan)

Une écriture à l'image de Liane

 

L'écriture de Delphine de Vigan m'a semblé suivre les méandres de la personnalité de sa mère, à la fois tendre, aimante et violente. De la même manière, les mots sont tantôt pudiques (le nom de la maladie est à peine esquissé après plus de 100 pages), tantôt d'une étonnante franchise (Delphine de Vigan ne recule pas devant la descritpion de scènes d'une grande violence). Tout au long de l'histoire, l'auteure, la fille, nous raconte sa mère avec son affection et sa souffrance (qui semblent parfois ressassées).

 

D'autre part, la construction de ce roman est double. Au fil des pages, du récit de l'enfance et de la jeunesse de Lucile, Delphine glisse les réflexions que lui inspirent son travail. Elle y aborde les documents consultés pour comprendre mieux le passé de sa mère, les conversation avec tous les membres vivants de sa famille. Elle fait part au lecteur de ses doutes, des moments où son travail s'est vu confirmé, des réactions de ses proches, encouragements ou critiques dues à la peur de "salir" l'image de Lucile et de ses parents, de remuer la boue familiale. J'aime toujours quand un auteur partage se démarche et ses impressions avec son lecteur. Dans ce cas-ci, c'était touchant en plus d'être instructif.

 

Rien ne s'oppose à la nuit (D. De Vigan)

Une plongée dans l'histoire

 

Au-delà de l'histoire personnelle, de l'histoire de famille, j'ai eu l'impression agréable de pénétrer un univers nouveau : la France des années cinquantes et suivantes. J'ai été interpelée par l'attitude de Georges et Liane en tant que parents. Cette expérience littéraire m'a permis de prendre conscience de l'évolution de notre rôle, mais aussi de la tendresse que ces parents partageaient avec leurs enfants. C'est également une occasion de voir vivre une famille nombreuse, pour nous qui, en général, dépassons rarement les quatre enfants.

 

Bref, il ne faut pas hésiter à commencer "Rien ne s'oppose à la nuit" et à se laisser toucher.

Rien ne s'oppose à la nuit (D. De Vigan)
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